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encore un chapitre

Le 12 août 2014, 18:49 dans Livres 0

Même si Sophie m'aidait beaucoup, reprendre le travail et changer de rythme m'avait littéralement épuisée. De plus, le nouveau contrat obtenu par Mara, s'avérait beaucoup plus intense que prévu, aussi, quand le soir arrivait je rentrais lessivée, mais heureuse de retrouver Suzie, la lumière de ma vie. Elle faisait d'énormes progrès, et certains moments, je regrettais de ne pas être là pour la voir grandir. Mais d'un autre côté mon activité professionnelle était trop intéressante pour que je l'abandonne.

Je ne voyais pratiquement plus Joffrey. Comme il me l'avait annoncé, il voyageait beaucoup, et ne rentrait que pour repartir le lendemain.

Sophie et moi avions trouvé notre rythme de croisière, et nous nous en sortions très bien.

Une seule fois nous avions eu à faire front pour empêcher une ancienne conquête de Joffrey de s'incruster dans l'appartement jusqu'à son retour.

Laura était venue me voir, et avait parue enchantée de notre arrangement... Qui mieux que lui pouvait veiller sur nous?

Les week-ends étaient mes jours préférés. Je pouvais passer toutes mes journées avec ma fille, qui apparemment, appréciait énormément ces moments privilégiés, seule avec sa mère.

Bref une vie tout à fait idyllique, qui ne me faisait pas oublier de chercher un autre endroit pour continuer ma vie. Car il ne fallait pas se leurrer la face, je n'avais pas l'intention de m'incruster dans la vie de Joffrey. Bien qu'amis, nous n'avions rien en commun, et je n'avais pas envie que cela change. Bien que je sois attirée par lui, je n'avais pas l'intention de céder à mes désirs.

Pourquoi se compliquer la vie. Ma précédente expérience m'avait vaccinée contre cette destruction lente et irréversible qu'est la confiance mal placée.

Mara et moi étions debout dans le hall du palace, devant la plus grande énigme de la journée.

Le directeur vint nous rejoindre.

- Alors, Mesdames, avez-vous trouvé la cause de cette dégénérescence? Nous demanda-t-il en se postant comme nous devant un immense ficus, qui, à notre grand désespoir et après tous les soins que nous lui apportions, périclitait lentement mais sûrement.

Mara poussa un gros soupir, et haussa les épaules.

- Il est récalcitrant à tous nos traitements. Je crains que nous ne soyons obligées de le remplacer. Mais je ne baisserai pas les bras, et nous le garderons en magasin pour le remettre sur pied. Ce n'est pas une plante qui me va me résister.

Le directeur partit à rire doucement.

- Votre franc parlé est ce que j'apprécie le plus, aussi bien de votre part, Mara, que de vous Annie. Vous ne mâchez pas vos mots et allez droit au but. Au moins je sais ou j'en suis avec vous. J'aimerai vous offrir une boisson, si votre emploi du temps vous le permets, bien évidemment.

Nous nous regardâmes, Mara et moi, et acceptâmes son invitation d'un signe de tête. Quelques minutes de répit étaient les bienvenues. Nous avions laissé la boutique aux mains expertes et efficaces de la jeune fille qui m'avait remplacée pendant mon congé maternité, et elle avait été enchantée de pouvoir conserver sa place après mon retour.

Le directeur nous entraîna au bar. Nos tenues détonnaient un peu dans ces lieux de luxe, mais personne ne nous fit de réflexions. Le responsable des lieux nous accompagnant nous étions considéré comme V.I.P., Tout du moins est-ce l'impression que cela me fit.

Je pris un coca alors que Mara et le directeur optèrent pour du vin blanc.

Nous étions en pleine discutions concernant un grand projet d'agrandissement des terrasses, et de leur aménagement en plantes vertes, quand, quelqu'un m'interpella

- Annie? Quel plaisir de te voir ici!

Je fermai les yeux.

 Anthony...

Le directeur lui tendit la main, attendant que je lui présente le nouvel arrivant.

Celui-ci était sur son trente et un et portait un costume sur mesure.

Que faisait-il ici? Encore sur une affaire qui allait lamentablement capoter, comme d'habitude.

Je pris sur moi et le présentai, non comme mon ex, mais comme un ami de longue date.

Le bonjour glacial de Mara n'affecta pas Anthony pour autant.

Il eut le culot de s'installer et de se mettre à parler de tout et de rien avec nous.

Après quelques minutes qui me parurent des heures, le directeur s'excusa et partit vaquer à ses obligations. Nous nous retrouvâmes donc tous les trois, et le silence s'installa.

Le directeur partit, je ne fis plus aucun effort pour alimenter la conversation. Mara dès le début avait battu froid à Anthony, et cela n'était pas passé inaperçu aux yeux du directeur. Celui-ci était suffisamment fin pour voir que nous n'étions restées aimables uniquement pour ne pas faire d'esclandre.

Je le vis plus loin parler à un vigile.

Anthony fini son verre de vin blanc et, comme je m'y attendais redevint celui que j'avais toujours connu. Il reprit sa mine boudeuse et m'interpella.

- Alors tu as déjà changé de partenaire. Je vois que tu as mis la barre assez haute. Un directeur de palace doit bien gagner sa vie...

Ne pas répondre à sa provocation. Ne pas faire de scandale...

- Nous sommes ici pour le travail. Mais c'est un mot que tu ne connais pas...

Il avança sa main sur la table, et avant que je puisse bouger, il m'attrapa le poignet et le serra suffisamment fort pour me faire grimacer.

Mara était prête à lui sauter dessus, et de mon autre main, je lui intimai de ne pas bouger.

- Aurais-tu l'amabilité de me lâcher, ou préfères-tu te faire jeter dehors comme un mal propre?

Il me fixa comme il le faisait quand je ne lui donnais pas satisfaction. Jusqu'à ce jour je ne lui avais jamais vraiment tenu tête, et il ne comprenait pas ma nouvelle attitude.

Après quelques secondes de ce face à face, il me relâcha.

Le salaud, sûre que ce soir j'allais avoir un bleu !

- Tu ne perds rien pour attendre, ma belle. Nous nous reverrons un jour.

Puis il se leva et sortit lentement sur bar.

Sans m'en rendre compte j'avais retenu ma respiration, et j’expirai doucement dès qu'il passa les portes.

- Comment as-tu pu supporter un type pareil pendant toutes ces années?

- Je me le demande moi-même, répondis-je en frottant mon poignet. Mais que faisait-il ici? C'est ce qui m'intrigue le plus.

- Encore une embrouille qui le mènera à sa perte, question de routine. Rétorqua Mara en se levant.

- Oui, après tout ce ne sont plus mes affaires, et heureusement.

Nous prîmes la sortie réservée au personnel pour rejoindre notre véhicule quand le directeur nous rattrapa dans le couloir.

Il n'alla pas par quatre chemins et entra dans le vif du sujet.

- Si cet homme vous importune dites-le moi, je me ferai un plaisir de vous en débarrasser.

Nous partîmes à rire.

- Lionel, si je peux me permettre de vous appeler ainsi, ne vous inquiétez pas pour lui. Il aboie souvent mais ne mord pas. Il joue à intimider son entourage, mais nous savons comment le mettre en touche. Lui répondis-je, touchée qu'il ait eu ce geste.

- Hum, il ne me paraît pas être quelqu'un de recommandable. Ce genre de fréquentation ne peut que vous attirer des ennuis. Tout ce que je vous conseille est de vous tenir éloignées de cet individu.

- C'est ce que nous faisons d'ordinaire. Ajouta Mara.

- Je l'ai signalé aux vigiles, et la prochaine fois qu'il remettra les pieds ici, il sera poliment mais fermement reconduit à la sortie.

- Nous vous remercions de cette attention, Lionel. Vous êtes quelqu'un de bien.

Mon compliment le fit sourire, et il nous serra la main avant de nous laisser partir, non sans nous réitérer des conseils de prudence.

-Tu as la cote avec lui, me chuchota Mara en montant dans la voiture.

- Tu rigoles, j'espère. Regarde comment je suis et regarde- le.

- Justement, tu ne te rends même pas compte de ce que tu dégages. Tu es petite, toute menu, blonde. Tout ce qui peut éveiller l'instinct protecteur chez un homme.

- N'importe quoi! Je suis assez grande pour me débrouiller toute seule.

- Toi tu le sais, mais les hommes s'imaginent autre chose quand ils te voient.

- Mais tu étais avec moi.

- Mais c'est vers toi qu'allaient ses regards. Ton indifférence envers l'autre sexe est ce qui les attire. Et ne fais pas la grimace, s'il te plait.

- Comment veux-tu que je me comporte alors?

- Restes comme tu es, car quoi que tu changes, ils auront toujours la même attitude. A part ton ex, tu as toujours eut à faire à des hommes biens élevés qui n'attendent qu'un signe de toi pour se déclarer.

- Pas le temps de penser à ça, maugréai-je. Travailler et m'occuper de ma fille me prend déjà tout mon temps...

Nous finîmes le trajet de retour en silence, l'une comme l'autre plongée dans ses pensées.

Nous fûmes débordées jusqu'au soir, et Mara n'eut pas l'occasion d'aborder de nouveau le sujet, à mon grand soulagement.

Sophie m'attendait et me passa ma fille tout en faisant son rapport journalier.

- Elle est un peu grognon aujourd'hui. Cela ne m'étonnerait pas si elle avait des petites coliques. Cela arrive souvent en été. Sinon c'est un petit ange. Si tous les enfants étaient comme elle....

- Merci encore de tout ce que vous faites pour moi, Sophie.

- C'est tout naturel. J'ai l'impression d'avoir rajeunie de plusieurs années, depuis que je m'occupe de Suzie. C'est vous qui me faites un cadeau en me la confiant.

Elle m'embrassa sur la joue et sortit en me souhaitant une bonne soirée.

Elle m'avait laissé mon repas au frais comme elle le faisait à l’accoutumé.

Je nourris Suzie et la mis dans son berceau, puis j'allumai le baby-phone.

Mes horaires ne me permettaient pas toujours de voir Suzie autant que je le désirais, aussi avais-je convenu avec Mara que je gardais mes samedis pendant les trois premières années de ma fille. En contre partie, je me chargeais de la fermeture du magasin, ce qui me faisait finir assez tard.

 

Cela fonctionnait bien pour l'instant, et tout le monde y trouvait son compte.

de retour pour la suite!!!

Le 9 août 2014, 17:09 dans Livres 0

15 heures – 16 heures – 17 heures

Cette journée était interminable. Moi qui aimais passer mon temps à argumenter, contredire, et convaincre, je me languissais de rentrer. Tout ça parce qu'Annie la têtue, m'avait tenu la dragée haute en me faisant mariner.

Pourquoi m'angoisser pour si peu? J'avais toutes cartes en main pour qu'elle ne puisse refuser. Je lui apportais tout ce que son abruti d'ex lui avait refusé. La sécurité, la paix, et mon épaule pour les jours de grands chagrins. Elle paraissait forte, mais la petite Annie apeurée par les orages et les araignées était tapie dans un coin. De nombreuses années et un océan nous avaient séparés. Il n'était pas question que cela se reproduise. Bien sûr, Laura me donnait de temps à autre de ses nouvelles, mais sans entrer vraiment dans sa vie privée. Aussi l'épisode de sa rupture et la naissance de sa fille ne m'avait pas été rapporté. Ce que je regrettais amèrement. Je lui aurais immédiatement apporté assistance, si j'en avais eu la possibilité.
- Tu es d'accord avec nous, Joffrey? Entendis-je soudain.

Mince, je n'avais strictement rien écouté de ce que mon directeur de marketing me demandait.

- Peux-tu reposer la question? Lui répondis-je.

- Tu es dans les nuages aujourd'hui.

Dix paires d'yeux me regardaient, attendant une excuse.

- J'ai quelques soucis personnels actuellement, et je crois que je vais partir. Je ne vous suis d'aucune utilité tant que je serais dans cet état d'esprit.

Je me levai devant leur air ahuri. Jamais je ne m'étais éclipsé d'une réunion aussi importante. Au contraire, je prenais un malin plaisir à la faire durer au maximum, épuisant littéralement mes interlocuteurs.

Mais aujourd'hui, tout ce qui m'importait, était de rentrer chez moi et d'assister à la capitulation d'Annie.

- Messieurs, je vous salut bien. Henry, vous pourrez déposer le rapport demain sur mon bureau.

Et sans lui donner l'occasion de répondre je pris ma veste et sortit en coup de vent. Un voleur n'aurait pas été si vite.

17H30. Génial. J'allais me payer les bouchons. Tout pour me mettre de bonne humeur.
18 heures. De mieux en mieux. Toujours coincé.

19 h30 enfin je sortis de la voiture et me précipitai dans l'ascenseur.

Je desserrai ma cravate et défit les deux premiers boutons de ma chemise.

Ouf enfin rentré.

Une odeur de sucre brûlé parvint à mes narines et je me dirigeai vers la cuisine. Quelque chose brûlait. En pénétrant dans la pièce je vis un léger nuage de fumée flotter et Annie en train de secouer un torchon pour le chasser par la fenêtre.

- Tu t'amuses à quoi? Lui lançai-je tout en appuyant sur le bouton de ventilation, augmentant son débit pour dissiper toute cette fumée. En quelques secondes tout disparu et enfin je vis Annie les mains sur les hanches.

- Quoi, tu n'as jamais fait des pop-corn au caramel?

- Si, mais je n'ai jamais réussi à faire autant de fumée.

- Désolée, mais Suzie criait et j'ai oublié qu'il fallait constamment surveiller le sucre en pleine ébullition.

- Ton excuse est valable. On ne peut pas être partout à la fois.

Je mourrais d'envie de lui poser la question, mais n'en fis rien. Ce n'était pas le moment adéquat pour la braquer. Je la sentais tendue comme une corde de violon. Je n'avais pas envie qu'elle me pète en pleine figure.

Je fis marche arrière et décidai, pour me détendre, de prendre une douche. Bien froide de préférence.

Quelques instants plus tard je la rejoignis sur le canapé. Elle était lovée dans un coin, un grand saladier de pop-corn sur les genoux, et regardant un film.

Je m'affalai à ses côtés et pris une grande poignée de pop-corn que j'engouffrai dans ma bouche.

- Hum, il y a longtemps que je n'en avais pas mangé d'aussi bons.

- C'est ta mère qui m'a donné la recette, et je m'en suis souvenue alors que je revenais du magasin de fleurs.

- Tu as rendu visite à ta future associée? Lui demandai-je tranquillement.

- Oui, et nous avons beaucoup parlé de nos projets. Figures-toi qu'elle a obtenu un contrat avec un palace. Nous commençons dans une semaine. Je dois donc raccourcir mon congé maternité pour lui donner un coup demain. C'est si important pour nous...

- Donc?

Elle se tourna vers moi.

- Donc, quoi?

- Que décides-tu pour toi et ta fille?

Elle serra les lèvres. Mauvais signe, ou bon signe?

- Je pose certaines conditions.

- Tu acceptes de vivre ici, oui ou non?

- Je ne veux plus que tu me donnes des ordres, ou que tu décides tout pour moi. Si je reste, je veux avoir mon mot à dire, et te donner mon avis sur tout et n'importe quoi.

- Accordé

- je veux vivre ma vie, sans m'occuper de la tienne.

- Accordé.

- je peux inviter qui je veux.

- Accordé.

- Je veux...

- Tu peux faire tout ce que tu veux, Annie. Tu seras autant chez toi que chez moi.

A mon grand malheur, je vis des larmes dans ses yeux. Ma perte

- Tu es trop gentil, me dit-elle en cherchant un mouchoir dans sa poche.

Je souris. Elle capitulait enfin.

- Viens dans mes bras, il y a longtemps que je ne t'ai pas consolée.

Et elle se lova contre mon épaule.

- Je suis gentil avec ceux que j'aime, tu devrais bien le savoir depuis le temps.

Elle renifla lamentablement.

- Tu aurais pu changer, car tu navigues dans un monde assez bizarre. Me répondit-elle d'une voix étouffée.

- Peut-être, mais certaines personnes gardent en elles certaines valeurs qu'elles n'oublient pas. Côtoyer des requins ne veux pas dire que j'en suis devenu un.

- Tant mieux pour moi, car je n'aurais pas aimé un sale type.

Et sur ces mots elle se raidit, et se redressa rapidement.

- Tout ce que je veux dire, c'est que je t'aime bien, en tant qu'ami...

- J'ai très bien compris le message, Annie. Tu es, et resteras toujours ma petite sœur d'adoption.

Elle se détendit, alors que je me fustigeais intérieurement d'avoir dû lui mentir.

De la sentir contre moi m'avais fait comprendre que la petite Annie de ma jeunesse avait disparue et qu'à la place je tenais dans mes bras une femme, toute en formes et douceurs.

- C'est assez difficile pour moi de l'admettre, mais tout ce que j'ai lu sur toi, ne m’incitais pas à vivre avec toi.

- Tu sais, les torchons peuvent écrire tout ce qu'ils veulent, ma vie privée est nettement plus calme que tu ne le penses.

- Ce que je veux dire, c'est que je ne veux en aucun cas interférer avec tes... avec tes...

- Conquêtes? Maîtresses?

Elle sourit.

- Un peu de tout ça. Comment vas-tu me présenter quand tu auras envie d'amener chez toi la dernière égérie du moment?

Je réfléchis, n'ayant pas du tout pensé à ça jusqu'à maintenant.

- Je ne sais pas... voyons... Je te présenterai comme une amie qui habite chez moi le temps de se trouver un logement décent. Je n'ai pas envie de mentir sur notre cohabitation commune, et si cela ne plait pas à ma nouvelle ''amie'' et bien je lui dirai au revoir.

- Tu me ferais passer avant tes amies...?

- Pourquoi pas ? Je ne vais pas sacrifier notre amitié de longue date pour une fille que je ne reverrai certainement pas la semaine d'après.

- Tu es un vrai bourreau des cœurs, me répondit-elle en riant.

- Tu m'as démasqué, dis-je en riant avec elle. Bon, ce n'est pas tout, mais je dois préparer ma valise pour demain. Je décolle de bonne heure pour le Mexique.

- Tu vas si loin pour racheter des entreprises?

- Oui, mais c'est un groupe qui veux investir en France. C'est assez compliqué, mais pour faire court, ils m'ont contacté pour que je leur débusque la meilleure affaire. Je vais là-bas pour peaufiner le contrat. J'aime avoir devant moi mon interlocuteur.

Elle me regardait d'un air dubitatif.

- il y a un point qui te chiffonne? Lançai-je sur la défensive, m'attendant à ce qu'elle m'assène une de ses répliques qui tue.

- Non, je te croyais un adepte pur et dur de toute cette technologie.

- J'apprécie tout ce qu'elle apporte, mais de temps en temps j'adore procéder à l'ancienne.

- Un affrontement physique?

- Une joute avec un adversaire à ma hauteur, oui, cela me convient.

Je me levai du canapé non sans avoir piquer une nouvelle fois dans le saladier une poignée de pop-corn.

- Je te souhaite une bonne nuit.

- Tu m'appelleras quand tu seras arrivé au Mexique?

Cette demande m'arrêta dans mon mouvement.

- Tu t'inquiètes déjà pour moi?

- J'ai toujours demandé aux personnes qui me sont chères de m'appeler quand elles arrivent à destination après un long voyage, que ce soit en voiture, train, ou avion. C'est une manière pour moi de garder le contact.

- OK, jeune fille. Tu auras de mes nouvelles demain soir, pas avant.

- Je te remercie beaucoup, répondit-elle sur le même ton.

Je lui souris et sortis de la pièce, heureux comme un gamin après son premier rendez-vous.

 

 Trois semaines passèrent sans que je ne les vis passer. 

toujours plus!

Le 6 août 2014, 16:43 dans Livres 0

Cette fille était une tête de mule. N'importe qui aurait sauté de joie, ou à mon cou, devant une telle opportunité. Elle non. Non seulement elle avait douté de mon état mental, mais elle m'avait soupçonné d'avoir des vues sur elle, ce qui n'était pas faux. Mais elle ne pouvait pas le savoir.

Nous nous étions séparés hier soir sur quelque chose de puissant. J'avais dû prendre sur moi pour la lâcher. Ce n'était vraiment pas le moment que je lui saute dessus juste après lui avoir vanté ma grandeur d'âme. Passer un mois avec elle m'avait fait comprendre le vide affectif que je traînais lamentablement derrière moi. Ce n'était pas les filles qui me manquaient, mais plus une relation de confiance. Je ne côtoyais qu'un genre de femme, qui connaissait les règles des jeux et qui, comme moi, ne cherchait pas spécialement d'attaches sentimentales. Ce qui arrangeait bien mes affaires.

Mais peut-être étais-je arrivé à un âge ou tout homme se pose des questions sur son avenir, et décide de changer de vie.

Voilà, je faisais ma crise de la trentaine bien tassée.

C'est sur ces pensées assez bizarres qu'Annie entra dans la cuisine. J'étais déjà parti quand elle se levait, donc je n'avais jamais assisté, depuis de longues années, à son lever.

Elle se traina jusqu'à la table, et voyant ma tasse, me la pris et se servit d'une bonne dose de café.

J'avais oublié que le matin n'était pas son moment préféré, et je ne manquais jamais de l'asticoter.

Mais aujourd'hui je ne cherchais pas la faire monter sur ses grands chevaux.

J'attendis patiemment qu'elle termine sa seconde tasse pour lui parler.

- As-tu pris enfin une décision, ou vas-tu me faire mariner longtemps?

Elle leva le nez pour me gratifier d'un regard dédaigneux. Ce n’était pas gagné.

- Peux-tu laisser aux personnes que tu harcèles le temps de la réflexion? Me répondit-elle doucement.

- Je te laisse jusqu'à ce soir, et à mon retour je veux...

- Tu veux... Arrête de donner des ordres!

Et elle sortit de la pièce, me laissant seul et dépité.

Et bien oui, elle allait me laisser sur des charbons ardents jusqu'à ce soir.

Je n'avais pas prévu sa réaction, pensant qu'elle allait accepter, en tout état de cause, l'occasion en or qui s'offrait à elle. Mais j'aurais dû me rappeler que je m'adressais à la nouvelle Annie. Celle qui s'était fait plaquer par un abruti fini, qui avait assumé son enfant toute seule, et qui pardessus le marché devait accepter de mettre sa fierté de côté et de dépendre des autres. Cela ne me gênais pas de l'aider, bien au contraire, mais en me mettant à sa place, n'aurais-je pas eu la même attitude?

Certainement, mais pour le bien de mon enfant j'aurais dis oui immédiatement. Mais je n'étais pas une fille et apparemment leur raisonnement n'était pas le mien.

Bonne ou mauvaise je prenais une décision tout de suite, et suivant le résultat obtenu, je modifiais certain paramètre pour m'adapter à la nouvelle situation. Anticiper pour rien et être déçu n’étaient pas dans ma nature, je fonçais quoiqu'il arrive.

Je croyais Annie faite dans le même moule, mais je m'étais fourvoyé sur toute la ligne. Ou alors, le facteur enfant avait totalement modifié son comportement! Voilà la modification...

Bon sang, voilà que je pensais à Annie en termes de contrat. Je cherchais chez elle le point faible, comme je le faisais avec certains clients, pour mieux remporter le marché.

Elle était l'amie de Laura, et la mienne également, tout du moins, elle l'était jusqu'à ce matin.

J'étais donc condamné à attendre la fin de la journée pour connaître sa réponse.

Il m'avait vraiment énervée avec ses ordres. Je n'étais pas une de ses employées, et bien qu'il m'héberge gracieusement, il n'était pas question que je lui obéisse au doigt et à l’œil. Ce qu'il avait certainement dû oublier en se levant.

Je savais bien qu'il avait un grand cœur, que son vœu le plus chère était de m'aider, mais il n'avait pas besoin de me bousculer ainsi dés le matin.

Il aurait été plus aimable et moins brusque, je lui aurais dit tout de suite donné mon d'accord, mais ses manières de grand chef m'avaient refroidie. Tant pis pour lui. Il était tellement habitué à ce que son entourage dise amen à tout ce qu'il décidait, que j'étais persuadée qu'il allait ruminer toute la journée.

Imaginer Joffrey de mauvaise humeur jusqu'à son retour était une maigre consolation. Je plaignais surtout ceux qui allaient travailler avec lui aujourd'hui.

Devais-je appeler sa secrétaire pour l'informer que son patron allait leur faire vivre une journée d'enfer, par le simple fait qu'il n'avait pas obtenu la réponse voulue?

Non, cela aurait été déloyal de ma part. Ses employés devaient être habitués à ses humeurs, et donc faire profil bas le temps qu'il se calme.

Et moi, qu'allais-je faire maintenant? Il me soulageait d'un grand souci pour quelques temps mais je ne devais surtout pas prendre l'habitude de vivre dans ce luxe. Avoir une nourrice à demeure n'étais pas ce que j'avais prévu, mais c'était l'idéal pour moi. Dans un mois je reprenais le travail, et le stress de devoir confier ma fille à une parfaite inconnue s’était éloigné...

Maintenant que ma décision était prise, un grand poids sur ma poitrine avait disparu. Nous n'avions pas encore parlé de la durée de mon séjour, mais j'avais l'intention d'imposer mes choix, avant que Joffrey, comme à son habitude, ne décide de tout pour moi.

Pas question qu'il régente ma vie actuelle comme il l'avait fait dans ma jeunesse. Bien que nous l'aimions beaucoup, Laura et moi, nous avions soufflé de soulagement le jour ou il était partit en stage aux États-Unis. Ensuite nos routes s'étaient séparées, mais Laura m'avait toujours tenue au courant de ses activités aussi bien professionnelles que privées, ce qui nous avait souvent faire rire.

Connaissant le vrai Joffrey, ce que nous lisions dans les journaux à scandales, divertissait agréablement nos soirées entre filles.

Comme Suzie commençait à gazouiller, je me dépêchai de m'habiller.

- Bonjour Marra, lançai-je en pénétrant dans l'arrière boutique du magasin, avec ma fille dans son cosy.

La jeune femme blonde et svelte se retourna en poussant un cri de joie.

- Annie! Oh, le petit bout de chou. Tu dois être fière. d'avoir une petite merveille. Me dit-elle en m'embrassant sur les deux joues.

- Tu ne peux pas savoir comme je suis heureuse de l'avoir. Je ne sais pas comment était ma vie avant sa naissance.

- Tu sais avec Anthony, on ne peut pas dire que tu avais une vie, me dit-elle en riant.

Nous nous étions toujours tout dit, de la plus grande joie à la plus profonde peine, et nous avions pu nous entraider quand les problèmes nous tombaient dessus.

Le cas ''Anthony'' comme elle disait était devenu un sujet de plaisanterie, me permettant ainsi de ne pas être tombée dans la dépression après son départ.

- Alors, comment est ta vie maintenant?

- J'ai tellement de choses à te raconter... Je ne sais même pas par quoi commencer...

- Tu as rencontré quelqu'un! Cria-t-elle en frappant dans les mains.

- Chut, Suzie dort profondément.

- Désolée, mon chou, dit Marra plus doucement. Que veux-tu c'est l'émotion. Rajouta-t-elle en faisant semblant d'essuyer une larme au coin de son œil.

Je partis à rire.

- Tu es incorrigible. Bien, ma remplaçante te donne-t-elle satisfaction?

- Je n'ai pas à me plaindre; mais je ne veux pas trop faire de compliments, sinon elle  va vouloir en faire qu'à sa tête. Je vais lui dire de surveiller la boutique pendant que nous irons bavarder tranquillement chez Gino.

- Hum, les pizzas de Gino m'ont manquées...

- Et lui, sera heureux de te revoir. Tu sais bien qu'il a toujours eu un faible pour toi. Je crois bien qu'il t'aurait bien proposer une vie commune si tu n'avais pas avouer devant lui que les hommes étaient une espèce en qui il ne fallait pas faire confiance.

- Oui, je m'en souviens. Il a boudé pendant un mois avant de me reparler... le pauvre. Je lui ai brisé le cœur.

- Penses-tu. Il s'est consolé en sortant avec ta remplaçante.

- Non...!

- Et ils parlent de mariage...

- Encore mieux. Je suis contente pour eux.

- Pars devant moi, pendant que je termine ce bouquet, et je te rejoins rapidement.

- OK, ma belle. A tout de suite.

La vie était étrange, et si belle en même temps. J'étais sincèrement contente pour nos deux tourtereaux, et bien que la vie ne m'ait pas vraiment fait de cadeaux, je ne pouvais que les féliciter.

Gino m'accueillit avec plaisir et de grandes accolades. Suzie, maintenant bien éveillée fit le tour de tous les employés du restaurant, et comme cadeau de naissance, j'eus droit à plusieurs repas gratuits.

Marra arriva en courant comme à son habitude.

Elle possédait une énergie qui en aurait épuisé plus d'un.

Elle me faisait un peu penser à Joffrey d'ailleurs. Pourquoi se glissait-il de plus en plus dans mes pensées?

- Ouf, lança Marra. Enfin quelques moments de calme. Alors ma belle, les nouvelles sont-elles bonnes? Profites-tu bien de ta fille? As-tu trouvé la perle rare qui s'occupera de ton bout de chou?

- Stop! Arrête de me bombarder de questions! Mangeons d'abord une bonne pizza et ensuite je te raconterai tout, et sans que tu m'interrompes. Après m'avoir écouté, et uniquement après, tu pourras me donner ton avis.

Mon amie me fixa bizarrement.

- Tu m'en bouches un coin. C'est bien la première fois que tu me parles sur ce ton. Le fait de devenir maman t'a entièrement changée, dans le bon sens, je précise.

Je soupirai. Oui j'avais changé. Oui, jusqu'à aujourd'hui je n'avais fait que passer et vivre à travers les autres. Mais côtoyer Joffrey avait produit sur moi un électrochoc.

Nous nous régalâmes des excellents pizzas que Gino nous avait spécialement confectionnées, et c'est repue que je pus relater dans les grandes lignes tout ce qui s'était produit ces dernières semaines. Au fur et à mesure de mon récit, Marra poussait des ''non, pas possible'', ou des ''mais c'est extraordinaire''.

Bref arrivée à la fin je lui posai la question concernant le choix que Joffrey m'avait gentiment demandé de faire d'ici ce soir.

- Si j'étais à ta place, je n'aurais pas hésité une seconde, et j'aurais dis oui à tout ce que ton ami me demanderais. Mais je ne suis pas à ta place, et tout ce que je peux te conseiller, pour le bien de Suzie, est d'accepter. C'est la chance de ta vie. Un appartement de rêve, une femme qui sera à domicile pour s'occuper de ta fille, aucuns soucis d'argent... Ma belle tu as gagné le gros lot. J'ai aperçu la photo de Joffrey lors d'une inauguration d'un musée, je ne sais plus où, et il est craquant... il n'aurait pas par hasard, un frère, un cousin... Ou même un lointain cousin qui lui ressemble?

Je m'esclaffai de sa plaisanterie. Je connaissais suffisamment Mara pour savoir qu'elle était heureuse en ménage.

-Ne commence pas à tourner autour de lui. Il n'est pas ma chasse gardée, mais je ne voudrais pas qu'il te brise le cœur.

Puis sur le ton de la confidence je rajoutai:

- Depuis que je vis chez lui, je me sens différente. Avec lui tout paraît si simple. Il ne traîne pas pour prendre une décision. Bien sûr, nous nous connaissons trop, et souvent nous nous accrochons, mais au fond je l'adore. Je ne sais pas si rester chez lui est la meilleure solution. Je suis tentée d'accepter, pour Suzie. J'aurais tout le temps de la voir et de ne pas culpabiliser de l'abandonner toute la journée. Mais d'un autre côté, je ne suis pas certaine de pouvoir vivre avec Joffrey sans qu'il ne se passe quelque chose entre-nous.

- Donc, c'est bien ce que je pensais. Tu en pinces pour lui!

- Chut, crie encore plus fort, il n'y a que le cuisinier qui n'a pas entendu.

- Tu es trop terre-à-terre. Profite un peu plus de la vie! Tous les garçons ne sont pas comme Anthony, grâce à Dieu, et ton Joffrey me paraît être une perle. Un mec, super friqué qui te demande de vivre avec lui... Et plus si affinité... Tout ce que je peux dire, c'est ''fonce''.

- Combien de garçons as-tu fréquenté avant de te marier? Lui demandai-je, sachant pertinemment sa réponse.

Elle fit la moue.

- Ne me prends pas comme référence. Tu sais bien que mon mari est le premier et le seul. Mais rien ne m'empêche de te donner des conseils que tu devrais suivre à la lettre.

- Je te remercie, mais je vais m'en abstenir. J'ai encore quelques heures de réflexions avant de répondre...

- Tu as déjà fait le plus dur. Te débarrasser de ce parasite. Maintenant tout va aller pour le mieux pour toi. Tu auras à tes côtés quelqu'un de solide sur qui tu pourras toujours d'appuyer. Alors que demander de plus?

- J'ai l'impression qu'il m'héberge par pitié, parce que je suis l'amie de sa sœur

- Je ne pense pas que ce soit son genre. Un type qui fait fortune dans la finance n'est pas un enfant de cœur. Mais je n'ai toujours pas compris ce qu'il faisait.

- Moi non plus. Il rachète des entreprises et les revend en morceaux. C'est en tout cas tout ce j'ai pu comprendre. Je ne cautionne pas cette manière de faire, ou de vivre, mais c'est sa vie.

- Hum, je préfère encore mes fleurs. Sais-tu que nous avons obtenu un gros marché? Nous allons nous occuper d'entretenir toutes les plantes d'un palace. Une cliente, fort satisfaite de nous, en a parlé à un ami, qui dirige un palace. Comme le contrat avec leur ancien fleuriste arrivait à terme, et n'était pas renouvelé, j'ai postulé. Et tiens-toi bien, une semaine après mon entretien, j'ai obtenu la place. Pendant 6 mois à l'essai au départ, et ensuite une période de deux ans, reconductibles... N'est-ce pas merveilleux!

J'étais ravie. Enfin nous allions avoir l'opportunité de nous associer plus rapidement que prévu. Ces contrats avec ce genre d'établissement ouvraient de nombre portes, et allaient nous assurer un avenir des plus intéressants. Nous étions gérantes de ce commerce, et, sans nous lancer des fleurs, nous nous en sortions très bien. Ma grossesse avait un peu perturbé notre association, mais jamais nous n'avions baissé les bras.

- Alors, vas-tu enfin te lancer dans l'inconnu?

- L'inconnu, c'est ce qui me fait le plus peur, mais depuis que j'ai Suzie, je suis terrifiée en permanence par l'avenir…

- Ma belle, t'angoisser de changera rien. Ton devoir de mère est de faire tout ce qui est en ton pouvoir pour que ta fille soit en sécurité et heureuse. Un point c'est tout.

- Si tout pouvait être aussi simple. Mais il faut compter sur les accidents, les abandons, les ruptures...

- Je t'arrête tout de suite. C'est la vie, et il faut faire avec.

- Peut-être as-tu raison, après tout. Pourquoi, sur des questions de morales et de fiertés je devrais priver ma fille de tout ce que Joffrey pourrait lui procurer ? Un toit et une présence rassurante.

Plus j'y pensais et plus l'idée me plaisait. Je ne savais pas ce que l'avenir allait me donner, mais refuser l'offre de Joffrey aurait été une grosse erreur.

- Tu as raison, je vais accepter.

- Youpi! Enfin une parole sensée.

 

Et Mara se leva pour me faire deux grosses bises sur les joues.

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